Le jeu de rôle sur un conflit d'acteurs est un format ancien et bien documenté en géographie — Géoconfluences (ENS Lyon) en publie des mises en œuvre depuis des années, et les simulations de type Modèle des Nations Unies (Simul'ONU) sont pratiquées dans plusieurs académies en HGGSP. Ce que l'IA conversationnelle change, ce n'est pas le principe — faire porter des points de vue opposés par des élèves — mais la préparation : chaque acteur peut devenir un personnage à interroger directement, plutôt qu'une fiche papier à lire silencieusement avant de jouer un rôle qu'on maîtrise mal.
Deux formats bien établis, un même principe
Le « conflit d'acteurs » est une notion de géographie à part entière (voir le glossaire Géoconfluences) : un conflit opposant des groupes d'acteurs sur un territoire, typiquement un projet d'aménagement où un camp développementaliste (croissance, emplois) s'oppose à un camp environnementaliste (protection de la nature). Géoconfluences documente par exemple une mise en œuvre en classe autour de la « crise requin » à la Réunion, avec pour problématique : comment gérer le risque requin dans une perspective durable ? Les élèves reçoivent des documents pour préparer leur rôle, puis confrontent leurs positions.
La simulation de type Modèle des Nations Unies suit une logique proche mais plus formalisée : la classe est divisée en délégations (souvent des binômes), chaque délégation représente un pays sur un thème de négociation, et le format officiel prévoit une recherche documentaire, la rédaction d'une prise de position (« position paper »), puis un débat structuré selon les règles des instances internationales. Les Nations Unies elles-mêmes publient un guide officiel pour l'organiser, et plusieurs académies (Nantes, Aix-Marseille, Toulouse) ont documenté des mises en œuvre concrètes en lycée.
Étape 1 : choisir un conflit d'acteurs précis, ancré sur un territoire
Comme pour un escape game pédagogique, un thème large (« la mondialisation », « le développement durable ») ne donne rien à jouer : personne ne sait quoi défendre. Un conflit d'acteurs a besoin d'un territoire précis et d'un enjeu concret sur lequel des intérêts réels s'opposent — un projet d'aménagement local, une ressource disputée, un risque à gérer. Plus la problématique est précise (« Faut-il autoriser tel projet sur tel territoire ? » plutôt que « L'aménagement du territoire »), plus les positions des acteurs deviennent défendables et distinctes les unes des autres.
Étape 2 : donner un acteur à interroger, pas seulement une fiche à lire
Le format classique remet une fiche de rôle à chaque élève, qui doit ensuite improviser une position qu'il maîtrise rarement bien au premier essai. Avec un personnage IA conversationnel sur Parlova, l'élève peut d'abord interroger l'acteur qu'il devra ensuite incarner — un maire favorable au projet, une association de riverains opposée, un exploitant économique du territoire — avant de jouer lui-même le rôle en classe. Cette étape de préparation par le dialogue change la nature de l'improvisation qui suit : l'élève arrive avec des arguments qu'il a lui-même obtenus, pas seulement lus.
Étape 3 : calibrer le format selon le temps disponible
Un conflit d'acteurs simple tient en une séance d'une heure : dix minutes de présentation du territoire et de la problématique, vingt minutes d'interrogation des acteurs en autonomie (via Parlova ou des documents), vingt minutes de confrontation orale en classe, dix minutes de décision collective. Une simulation ONU complète demande davantage — le format académique classique s'étale sur plusieurs séances (présentation des institutions, recherche par pays, rédaction de la position, débat final) — mais peut être compressée sur une seule séance longue si la recherche documentaire est remplacée par un dialogue avec le personnage-pays.
Étape 4 : construire une décision, pas un simple débat
Un débat qui se termine sans rien trancher laisse l'impression d'un exercice d'opinion plutôt que d'un exercice géographique. La séance doit déboucher sur une production concrète : une recommandation d'aménagement argumentée (cas du conflit d'acteurs), ou une résolution votée selon un format proche de celui des instances réelles (cas de la simulation ONU). Ce n'est pas la « bonne réponse » qui compte — plusieurs recommandations différentes peuvent être également défendables — mais la capacité à justifier un arbitrage à partir des positions réellement recueillies pendant la préparation.
Étape 5 : préparer le débrief avant la séance
Comme pour tout format immersif, le débrief se prépare en amont, pas dans l'improvisation. Décidez à l'avance des notions du programme que vous voulez faire remonter — acteurs spatiaux, développement durable, gouvernance d'un territoire, échelles d'un conflit — et préparez deux ou trois questions qui obligent les élèves à sortir du rôle qu'ils viennent de jouer pour analyser la situation avec les outils du géographe. Sans ce temps de recul, la séance reste un jeu de rôle réussi mais pas nécessairement une leçon de géographie retenue.
Ce que ce format ne remplace pas
Interroger un acteur IA avant de jouer son rôle aide à s'approprier une position, mais ne remplace pas le travail sur des sources primaires réelles (articles de presse locale, données chiffrées, cartes) qui donnent au conflit sa véritable épaisseur documentaire — Géoconfluences fonde d'ailleurs ses propres mises en œuvre sur un article scientifique distribué aux élèves, pas sur une fiche inventée. L'IA prépare l'incarnation du rôle ; le dossier documentaire reste ce qui ancre l'exercice dans un vrai cas géographique plutôt que dans une fiction plausible.
Évitez de figer chaque acteur dans une position caricaturale à 100 % pour ou contre. Les conflits d'acteurs réels comportent presque toujours des positions ambivalentes (voir l'acteur « riverain » de l'exemple) — c'est cette nuance qui empêche le débat de se réduire à deux blocs qui ne s'écoutent pas.
Questions fréquentes
- 1Combien d'acteurs faut-il pour un conflit d'acteurs en une heure ? Trois suffisent généralement : deux positions opposées et un acteur ambivalent qui évite la caricature à deux blocs.
- 2Faut-il obligatoirement voter une résolution façon ONU ? Non pour un conflit d'acteurs simple — une recommandation argumentée par groupe suffit. Le vote formel est surtout utile pour une vraie simulation ONU, plus longue et plus institutionnelle.
- 3Ce format convient-il aussi au collège ? Le conflit d'acteurs simple (un projet d'aménagement local, trois positions) fonctionne dès la 4e-3e ; la simulation ONU complète, avec position paper et procédure de débat, reste mieux adaptée au lycée (notamment HGGSP).
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